1/3 LA SYSTÉMIE DANS LA GESTION DU CHANGEMENT
- Emmanuel Sabouret - Coach Exécutif - Hypnologue

- 17 févr.
- 4 min de lecture
Dernière mise à jour : 2 mars
Observer avant d’agir : penser systémique à l’ère de l’urgence et de la prévention
Nous avons tendance à regarder nos projets, nos actions et nos demandes comme des éléments isolés. Une idée surgit, une solution apparaît, et aussitôt nous voulons agir et vite. La rapidité dans l’urgence est à l’équilibre d’un château de cartes.

RIEN N’EXISTE SEUL
Chaque projet, chaque décision, chaque demande s’inscrit dans un système et sera la causalité de chaque partie, qu’elle soit personnelle, relationnelle, professionnelle, émotionnelle, organisationnelle ou même sociale. Vous êtes un système et vous réagissez par nature.
La vision systémique commence par une question simple mais souvent oubliée :
· Qu’est-ce que cela va entraîner comme mouvement, au-delà de l’intention de départ ?
· Quelles actions seront déclenchées après l’attitude, le mot ou le geste ?
Cette réflexion ne concerne pas seulement nos actions, mais aussi les conseils que nous donnons. Les mots ne sont jamais neutres, ils influencent une trajectoire, modifient un équilibre, créent parfois une dépendance ou déplacent un problème.
À vouloir conseiller vite, répondre vite, “solutionner vite”, nous oublions trop souvent de nous demander comment notre intervention sera perçue et ce que cela va entraîner :
· Ce conseil est-il nécessaire et adapté au système global de la personne ?
· Est-ce une réponse à l’emporte-pièce… ou une réponse de fond, réfléchie au préalable ?
· Est-il vraiment la solution ou ne fait-il que déplacer la tension ?
· La personne est-elle prête à entendre et à comprendre ?
Notre époque valorise l’urgence, le rapide, le visible, le mesurable immédiatement. Alors nous empilons des solutions ponctuelles, des correctifs, des stratégies de surface. L’attention a un temps de vie de plus en plus court, démontré par la montée en puissance des séries télévisées de 45 minutes, face aux films de plus d’une heure trente.
LE RÈGNE DU PANSEMENT
Réparer en profondeur demande du temps, de la réflexion, parfois même du courage personnel ou émotionnel. Pourtant on colmate, on masque, on temporise, on préfère traiter le symptôme plutôt que d’interroger la structure.
L’état de nos routes est un exemple frappant. Des pansements sont posés sur des fissures, année après année. Ça tient un temps… jusqu’au jour où tout s’effondre, ce qui devait coûter peu devient une catastrophe annoncée.
La même logique s’applique aux individus, aux entreprises, aux relations, aux institutions. Quand on refuse de penser systémique, on fabrique de la fragilité à long terme.
La période Covid a entraîné un développement rapide du télétravail. La technologie s’est installée dans les foyers en quelques semaines, de nouveaux comportements et de nouvelles habitudes ont vu le jour. Petit à petit un cocon s’est tissé dans un confort, encouragé par un organe fainéant, le cerveau. Une population à la maison crée un vide dans l’environnement spatial des bureaux. La systémie du télétravail a entraîné des fermetures de commerces et d’entreprises. Comme disait Coluche, il suffit que plus personne n’achète pour que plus rien ne se vende…
Quelques années après les réouvertures, des habitudes ont été prises dans le confort du pyjama costume, et beaucoup ne veulent plus rien changer. Ils ne veulent pas perdre un privilège considéré comme un acquis. Si tout acquis d’une époque ne pouvait évoluer et changer, nous serions encore sous le règne des grandes puissances, esclaves sans avoir le droit de nous exprimer…
Il est facile d’observer dans la population que l’intention envers les autres est différente et paraît avoir moins d’importance. À cause de l’isolement, l’empathie a eu le temps de s’effriter dans le fonctionnement automatique du cerveau, par manque de pratique chaque jour. D’ailleurs, n’oubliez pas que le développement et l’augmentation du cerveau est dû à la socialisation. Le maintien du rapport aux autres est confronté au risque de perdre un avantage, même infime soit-il, au lieu d’accepter de participer à élever autrui.
L’individualisme, aujourd’hui, se revendique ouvertement et se révèle comme une normalité. Beaucoup de jeunes n’ont pas eu l’enseignement naturel de la sociabilisation, et n’ont pas le réflexe des générations précédentes. Dans ce siècle, une partie de la jeunesse a peur de décrocher un téléphone qui sonne, et a la préférence de s’exprimer par émoticônes, de façon impersonnelle, sans risque, cachée derrière un écran.
Le débat du retour au présentiel ne tourne pas réellement sur les intérêts systémiques de quelques jours par semaine en entreprise, mais est trop souvent revendiqué par des groupes qui s’expriment avec des arguments de « moi-je », d’égo et de besoin individuel. Chacun souligne sa différence aux autres, régulièrement marqué par un mépris des règles nécessaires pour le groupe et l’individu en difficulté.
RÉFLEXION MATURE
Observer de manière systémique, ce n’est pas ralentir par peur ou par incapacité à se décider, c’est ralentir par intelligence et maturité. L’histoire de l’humanité n’est rien d’autre qu’un protocole d’action et de comportement qui se répète. Alors pourquoi ne pas prendre un instant pour regarder un peu plus loin que le bout de son (N)égo…
Dans la deuxième partie sur la réflexion systémique nécessaire lors de changements significatifs, j’aborderai la réflexion à avoir suivant la temporalité du consultant, les biais cognitifs et la sécurité.
En attendant, prenez soin de vous et autorisez-vous le temps de réfléchir à vos actes avant d’entrer dans l’action pour être serein avec ses propres choix.
Faites confiance à la partie qui sait…
Emmanuel
Conseiller senior en gestion du stress, comportement et prise de décision - Auteur et essayiste – conférencier.
Emmanuel accompagne des particuliers, des dirigeants et des équipes en entreprise dans leur évolution. Tantôt consultant, conseiller, coach exécutif, enseignant ou mentor, il aide à comprendre et à intégrer les fonctionnements des biais cognitifs.
Fondateur de Cognition Académie.



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