Santé mentale : quand le malaise devient un fourre-tout
- Emmanuel Sabouret - Coach Exécutif - Hypnologue

- 6 janv.
- 4 min de lecture
On ne peut plus aller mal sans que cela devienne un problème de santé mentale. Fatigue, perte de motivation, ennui, doutes existentiels, frustration, colère ou solitude, tout est désormais pathologisé et étiqueté.
Ne pas aller bien devient une anomalie qu’il faut enrober dans du sucre, cataplasmer dans des remèdes de complotiste, d’hurluberlu et de haut perché. C’est comme s’il n’y avait pas assez de difficultés dans ce monde pour avoir besoin de créer des comportements, des nudges sociétales, pour rendre difficile ce qui est commun et naturel.

Il faut le dire clairement : ne pas se sentir bien fait partie de la vie.
Le mal-être n’est pas une maladie. Il est souvent le résultat normal de la condition humaine, de choix difficiles, de contradictions internes, de limites personnelles, de renoncements et de deuils symboliques.
Vouloir éradiquer toute forme d’inconfort psychique est une illusion malsaine.
BOUC ÉMISSAIRE
À force de tout charger sur la santé mentale, on en fait le bouc émissaire de tous les dysfonctionnements de la société. Tout devient le responsable du mal-être, le travail, les relations, le manque de sens, les responsabilités. Elle est même montrée du doigt comme la responsable des échecs personnels. C’est comme si le problème venait toujours d’un manque de ressources externes, jamais d’un travail personnel intérieur à faire.
Il serait bon d’aller à l’encontre de ce qui est saupoudré sans cesse, et d’enseigner que la responsabilité individuelle ne peut pas être entièrement déléguée. Se faire accompagner par des services de psychologie, de conseil et de consultants praticiens est nécessaire.
Attendre que des solutions viennent uniquement des autres, de l’extérieur, c’est se condamner à la déception.
Près de 60 % des personnes qui cherchent de l’aide ne cherchent pas un accompagnement. Elles cherchent des magiciens, des extraterrestres, des Houdini du placebo et de l’instant. Elles recherchent celui ou celle qui fera disparaître l’inconfort sans effort, sans traversée du désert et sans remise en question. Lorsque cela ne fonctionne pas, car cela ne fonctionne pas, la déception est immense, la colère gronde et le praticien devient l’incapable.
LES PRATICIENS
Le terrain est aujourd’hui saturé de professionnels. Il y a ceux qui s’enorgueillissent de connaissances qu’ils n’ont jamais pratiquées, d’autres formés pour poser un pansement sur une égratignure et des spécialistes pour les opérations à cœur ouvert. Rien ne les différencie si ce n’est une visibilité de faux-semblants sur les réseaux sociaux.
Certains persistent sans méthodes solides, sans cadre, sans capacité à comprendre la complexité humaine et les dégâts que peuvent créer une pratique sans expertise. Beaucoup trop vivent dans un monde parallèle, convaincus que la douceur seule suffit, que le Peace & Love permet de durer, que tout se règle par l’écoute bienveillante et les intentions positives.
La réalité est toute autre, la douceur sans structure épuise et amplifie le problème et l’empathie sans cadre détruit. Vouloir sauver tout le monde est la voie la plus rapide vers l’effondrement professionnel. J’ai survécu à ce désir et pas sans mal...
Beaucoup de praticiens jettent l’éponge, non pas parce qu’ils manquent de cœur, mais parce qu’ils se heurtent à une vérité difficile à accepter :
- On ne peut pas aider quelqu’un qui ne veut pas faire d'effort et se responsabiliser.
SAUVEUR
Ce sont ces attentes irréalistes qui épuisent aujourd’hui notre société. Ce n’est pas le nombre de demandes qui pose problème, mais des solutions rapides, indolores et immédiates énoncées par des arrivistes sans scrupule brillant sur les réseaux sociaux.
Il faudra de plus en plus de professionnels pour remplacer ceux qui partent. Non pas parce que la société va plus mal qu’avant, mais parce qu’elle ne supporte pas l’idée de ne pas aller parfaitement bien chaque jour et à tout point de vue.
Malheureusement, il n’est pas possible de sauver tout le monde. Par contre, il est possible d’aider ceux qui veulent être sauvés.
Dans quelques années, la santé mentale sera moquée comme la « grippe d’homme ».
Il est temps de remettre le clocher au centre du village et de parler de devoirs avant d’envisager les droits.
REVENONS À L’ESSENTIEL
Je ne désire pas remettre en cause la réalité d’une dégradation du déséquilibre psychologique d’une partie de la société. Je suis bien placé pour en être témoin. Mon désir est de mettre en garde contre l’exagération d’un état qui recherche un simple besoin d’exister. J’aimerais aussi faire un lien entre un rendez-vous chez le médecin pour un bobo viral ou microbien, et un passage aux urgences. Les urgences sont pour la maladie mentale, la santé mentale est orientée vers la médecine de jour et la médecine chinoise. C’est un travail d’équilibre sur du long terme, une hygiène de vie et des efforts mis en place afin d’être le mieux structuré sur le chemin de vie que l’on s’est tracé.
Rappelez-vous l’essentiel :
- Nous ne sommes pas censés aller bien tout le temps.
- Nous ne sommes pas censés être heureux en permanence.
- On ne peut pas sauver tout le monde.
- La responsabilité ne peut pas être entièrement déléguée aux psychologues, thérapeutes, coachs ou accompagnants.
- Il n’y aura pas de survivant…
Et surtout : certaines personnes ne veulent pas ou ne sont pas prêtes à être sauvées.
S.E.B.
Un déséquilibre psychologique est un mal être qui pourrait déjà être réfléchie avec l’acronyme S.E.B :
- S : Le déséquilibre est le Symptôme - Mal être, douleur psychosomatique, perte de motivation, peur, manque de confiance.
- E : L’État est l’émotion, le comportement du moment, l’État d’esprit.
- B est le Besoin à combler pour changer l’état et transformer le symptôme.
S.E.B. est le début d’un travail objectif interne à faire pour aller mieux. Bien entendu le parcours peut être plus compliqué à mettre en place et il est bon de se faire accompagner en acceptant qu’il faudra y mettre du sien.
Le véritable enjeu n’est pas d’éliminer le mal-être, mais d’apprendre à le traverser, à l’écouter pour le comprendre et le transformer, sans dramatisation, sans déresponsabilisation, sans attendre assis des sauveurs impuissants.
La santé mentale mérite mieux qu’un rôle de fourre-tout et l’être humain mérite mieux que l’illusion d’une vie sans inconfort.
Faites confiance à la partie qui sait…
Emmanuel
Auteur et essayiste, conseiller, coach exécutif – conférencier. Emmanuel accompagne des particuliers, dirigeants et équipes en entreprise dans leur évolution. Tantôt consultant, thérapeute, coach PNListe, enseignant ou mentor, il aide à comprendre et à intégrer les fonctionnements des biais cognitifs.
Fondateur de Cognition Académie et du groupe « Réseau Échanges et Alliances"








Commentaires