Ce que le temps nous apporte
- Emmanuel Sabouret - Coach Exécutif - Hypnologue

- il y a 4 jours
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L'élan, ou l'art de rebondir.
Il y a des matins où le temps se fait sentir. Soixante ans, pas lourd, pas douloureux — juste présent. Comme des sillons posés sur mon front, qui ne disent rien mais qui rappellent doucement : tu n'as plus vingt ans, et c'est très bien comme ça. Pas que c'était mieux avant, simplement plus envie de devoir me justifier.

La maturité a ce goût étrange de clarté et de nostalgie. Je vis plus des ressentis que des mémoires, des temporalités, que des visages et dans ces moments-là, quelque chose se serre. Non pas des regrets, mais des émotions me submergent pour ce qui a été. La nostalgie n'est pas ma prison. C'est une preuve que je n'ai pas rêvé et que j'ai vécu des choses qui ont beaucoup compté pour moi. Que je m'en souvienne consciemment ou pas, une mélodie peut comprimer mon torse et m'entraîner dans des sanglots aussi violents que passagers.
M'arrêter là serait une erreur. Ma mémoire est une bibliothèque de connaissance à exploiter, pas un refuge.
Le besoin d'exister ne disparaît pas avec les années. Il se transforme. On le ressent autrement, moins dans l'énergie du chien fou qui veut se faire remarquer, plus dans le désir de contribuer, de créer, d'avoir un projet entre les mains qui donne envie de se lever. Le défi n'est plus dirigé à faire la différence face aux autres, c'est plutôt une manière d'être en vie.
Je ne veux plus rien démontrer. Plus de performance, plus de posture. Cette urgence d'impressionner qui habitait les années d'avant s'est lentement évaporée, laissant la place à quelque chose de plus léger et de plus solide à la fois, respirer sereinement, simplement. Je ne cherche plus les applaudissements, juste le contact, transmettre une idée qui passe d'une main à l'autre et que je peux déposer pour le suivant.
Transmettre, la forme la plus sereine de l'ambition.
Mon désir de légèreté n'est pas une fuite, ni le déni d'une réalité qui me dépasse. C'est une réponse lucide à la perception du monde dans lequel je pense vivre. Un monde saturé de bruit, d'opinions tranchées, d'ego brandis comme des étendards de mauvaise qualité dont le tissu ne supporte pas un essorage trop violent. Partout, à la frontière de chaque vérité, l'obscurité s'installe. Pullulent alors des certitudes closes, des regards rivés sur leurs propres nombrils, incapables de percevoir ce qui existe au-delà de soi. Chacun construit sa bulle, la défend, l'agrandit et s'y enferme tout en voulant absorber les autres.
Face à cela, j'ai régulièrement la tentation de crier plus fort, de m'indigner, de combattre le bruit par davantage de bruit ou en hurlant de la fermer. Mais l'âge apprend une autre voie. Je tente la simplicité. Non par résignation, mais par une lucidité durement gagnée. L'âge apprend que ce qui est vrai n'a pas besoin d'être hurlé. Et comme disait mon grand-père : « C'est toujours l'âne qui brait le plus fort ! »
Ce qui est juste finit toujours par trouver son chemin, pourvu qu'on le pose avec soin.
Repartir, parfois, c'est nécessaire. Changer de ville, de cap, de pays ou de regard. J'ai quitté mon pays plusieurs fois et depuis seize ans je suis installé au Canada. Pendant toutes ces années j'ai enseigné au Québec, en France et au Maroc. J'ai traversé des histoires, participé à des événements de vie qui m'ont construit et poli. Je pourrais aujourd'hui tout recommencer. Arrivé à mon âge, ce n'est pas fuir, même si cela l'a déjà été. Aujourd'hui, écouter cette voix intérieure qui sait, mieux que quiconque, quand un chapitre est terminé, c'est avoir le courage de tourner la page. Mais la tétanie doit être encore plus forte pour rester immobile, quand tout en soi réclame du mouvement.
La vie, ce n'est pas l'énergie de la jeunesse. C'est la capacité à s'enthousiasmer encore et encore — et à en faire don.
Ceux avec qui on partage le chemin — un repas, une idée, un fou rire inattendu — sont le seul rempart véritable contre le passage du temps. Non pas parce qu'il ralentit les années, mais parce qu'il leur donne un sens.
Le temps passe, c'est sa nature, son travail. On ne le traverse pas, il nous apprend la patience, nous retient car il n'accepte pas que l'on fasse les choses sans lui. L'important, c'est ce que l'on en fait — les prises d'élan et les impulsions que l'on y glisse, les défis qu'on y plante et que l'on entretient, ce qu'on y transmet sans compter.
Voilà ce qui reste, longtemps après que les heures se soient estompées — le plus loin possible, encore et encore, tant que mon énergie restera créatrice et envoûtante !
Faites confiance à la partie qui sait…
Emmanuel
Conseiller senior en gestion du stress, consultant en comportement et prise de décision - Auteur et essayiste – conférencier.
Emmanuel accompagne des particuliers, des dirigeants et des équipes en entreprise dans leur évolution. Tantôt consultant, coach exécutif, enseignant ou mentor, il aide à comprendre et à intégrer les fonctionnements des biais cognitifs.
Fondateur de Cognition Académie.



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